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A lire :-)

Pour une meilleure compréhension du parcours proposé dans ce site,
j'invite chaque visiteur à lire chacune des parties extraites du texte "A la Folie..." dans l'ordre. (ou à télécharger le PDF)
Amicalement,
+ Pierre +
17 juillet 2007 2 17 /07 /juillet /2007 00:12
Suite à mon article sur Ste Thérèse, voici donc les dernières paroles de celle qui a témoigné d'un amour immense jusqu'au dernier instant. La beauté de ce passage révèle la grandeur de son amour. Qui pourra comprendre ces mots si ce n'est celui ou celle qui accepte de plonger dans le mystère de l'amour et de la souffrance.
Cependant, ce passage, bien plus que de faire craindre la mort, doit susciter l'admiration et l'envie de dépasser en amour cette grande soeur qu'est Ste Thérèse pour vous (je l'espère) autant que pour moi.

Jeudi 30 septembre 1897, jour de sa précieuse mort :
(recueilli par ses soeurs)

Le matin je la gardai pendant la Messe. Elle ne me disait pas un mot. Elle était épuisée, haletante ; ses souffrances, je le devinais, étaient inexprimables. Un moment, elle joignit les mains et regardant la statue de la Sainte Vierge :
- Oh ! je l'ai priée avec une ferveur ! Mais c'est l'agonie toute pure, sans aucun mélange de consolation.

Je lui dis quelques paroles de compassion et d'affection et j'ajoutai qu'elle m'avait bien édifiée pendant sa maladie.
- Et vous, les consolations que vous m'avez données ! Ah ! elles sont bien grandes !

Toute la journée, sans un instant de répit, elle demeura on peut le dire sans exagération, dans de véritables tourments.
Elle paraissait à bout de forces et cependant, a notre grande surprise, elle pouvait se remuer, s'asseoir dans son lit.

- Voyez, nous disait-elle, ce que j'ai de force aujourd'hui ! Non, je ne vais pas mourir ! J'en ai encore pour des mois, peut-être des années !
- Et si le bon Dieu le voulait, dit Notre Mère, l'accepteriez-vous ?
Elle commença à répondre, dans son angoisse :
Il le faudrait bien...
Mais se reprenant aussitôt, elle dit avec un accent de résignation sublime en retombant sur ses oreillers :
Je le veux bien !
J'ai pu recueillir ces exclamations, mais il est bien impossible d'en rendre l'accent :
Je ne crois plus à la mort pour moi... Je ne crois plus qu'à la souffrance... Eh bien, tant mieux !
O mon Dieu !...
Je l'aime le bon Dieu !
O ma bonne Sainte Vierge, venez à mon secours !
Si c'est ça l'agonie, qu'est-ce que c'est que la mort ?
Ah ! mon bon Dieu !... Oui, il est bien bon, je le trouve bien bon...
En regardant la Sainte Vierge :
- Oh ! vous savez que j'étouffe !
A moi :
- Si vous saviez ce que c'est que d'étouffer !
- Le bon Dieu va vous aider, ma pauvre petite, et ce sera bientôt fini.
- Oui mais, quand ?
... Mon Dieu, ayez pitié de votre pauvre petite fille ! Ayez-en pitié !
A Notre Mère :
- O ma Mère, je vous assure que le calice est plein jusqu'au bord !...
...Mais le bon Dieu ne va pas m'abandonner, bien sûr...
...Il ne m'a jamais abandonnée.
... Oui, mon Dieu, tout ce que vous voudrez, mais ayez pitié de moi !
...Mes petites soeurs ! mes petites soeurs, priez pour moi !
...Mon Dieu ! mon Dieu ! Vous qui êtes si bon ! ! !
...Oh ! oui, vous êtes bon ! je le sais...

Après Vêpres, Notre Mère posa sur ses genoux une image de N. D. du Mont Carmel.
Elle la regarda un instant et dit, quand Notre Mère lui eut assuré qu'elle caresserait bientôt la Sainte Vierge comme l'Enfant Jésus sur cette image :
- O ma Mère, présentez-moi bien vite à la Sainte Vierge, je suis un bébé qui n'en peut plus !... Préparez-moi à bien mourir.
Notre Mère lui répondit qu'ayant toujours compris et pratiqué l'humilité, sa préparation était faite. Elle réfléchit un instant et prononça humblement ces paroles :
- Oui, il me semble que je n'ai jamais cherché que la vérité ; oui, j'ai compris l'humilité du coeur... il me semble que je suis humble.
Elle répéta encore :
- Tout ce que j'ai écrit sur mes désirs de la souffrance. Oh ! c'est quand même bien vrai !
...Et je ne me repens pas de m'être livrée à l'Amour.
Avec insistance :
Oh ! non, je ne m'en repens pas, au contraire !

Un peu plus tard :
Jamais je n'aurais cru qu'il était possible de tant souffrir ! jamais ! jamais ! Je ne puis m'expliquer cela que par les désirs ardents que j'ai eus de sauver des âmes.

Vers 5 heures, j'étais seule près d'elle. Son visage changea tout à coup, je compris que c'était la dernière agonie.
Lorsque la Communauté entra dans l'infirmerie, elle accueillit toutes les soeurs avec un doux sourire. Elle tenait son Crucifix et le regardait constamment.
Pendant plus de deux heures, un râle terrible déchira sa poitrine. Son visage était congestionné, ses mains violacées, elle avait les pieds glacés et tremblait de tous ses membres. Une sueur abondante perlait en gouttes énormes sur son front et ruisselait sur ses joues. Elle était dans une oppression toujours croissante et jetait parfois pour respirer de petits cris involontaires.

Pendant ce temps si plein d'angoisse pour nous, on entendait par la fenêtre - et j'en souffrais beaucoup - tout un ramage de rouges-gorges, et d'autres petits oiseaux, mais si fort, si près et si longtemps ! Je priais le bon Dieu de les faire taire, ce concert me perçait le coeur et j'avais peur qu'il fatigue notre pauvre petite Thérèse.
A un moment elle semblait avoir la bouche si desséchée que Sr Geneviève, pensant la soulager, lui mit sur les lèvres un petit morceau de glace. Elle l'accepta en lui faisant un sourire que je n'oublierai jamais. C'était comme un suprême adieu.

A 6 heures, quand l'Angelus sonna, elle regarda longuement la statue de la Sainte Vierge.
Enfin. à 7 heures et quelques minutes, Notre Mère ayant congédié la communauté, elle soupira :
- Ma Mère ! N'est-ce pas encore l'agonie ?... Ne vais-je pas mourir ?...
- Oui, ma pauvre petite, c'est l'agonie, mais le bon Dieu veut peut-être la prolonger de quelques heures.
Elle reprit avec courage :
- Eh bien !... allons !... Allons !...
Oh ! je ne voudrais pas moins longtemps souffrir...
Et regardant son Crucifix :
Oh ! je l'aime...
Mon Dieu... je vous aime !......

(puis dernier soupir)

Un immense merci à ma grande soeur Thérèse. Elle l'est réellement !
Ce jour-là, elle a sans doute "compléter ce qui manque aux souffrances du Christ" (Col 1, 24), et sans doute souffert pour bien plus tard me conduire moi aussi. Puisse les hommes de foi aimer autant qu'elle a aimé !
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commentaires

F
Lecture les yeux pleins de larmes ,quand on a vécu l'accompagnement de l'agonie de son propre enfant et que ,seule la présence de marie au pied de la croix donnait le courage d'aller jusqu'au bout !merci pour ces réconforts de chaque jour . Union de prieres pour tous ceux qui souffrent .
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