A lire :-)
j'invite chaque visiteur à lire chacune des parties extraites du texte "A la Folie..." dans l'ordre. (ou à télécharger le PDF)
Amicalement,
+ Pierre M. +
Choisir une
voie.
« Seule ta décision libre de ne pas Le suivre peut l’en empêcher. »
La perspective chrétienne du bonheur s’oppose radicalement à ce que le monde perçoit dans
cette même quête. Car, au fond, l’objectif pour tout homme est le même : trouver le bonheur.
A cela deux voies s’opposent. L’une à la manière du monde, laissant libre cours aux
envies, assouvissant celles qui se présentent comme réalisables, prenant avec facilité les plaisirs qui se présentent, jusqu'à finalement les rechercher pour eux-mêmes. Cette voie de facilité,
vers laquelle chacun sent la tentation de la rejoindre, conduit indéniablement à un enfermement, un enchainement. Progressivement, mais rapidement, au choix libre de profiter des plaisirs se
substitue la dépendance à ces plaisirs, et retire à l’homme sa liberté. A l’opposé de la Vérité qui libère, le mensonge, se faisant passer pour liberté (« Je fais ce que je veux »),
entraîne une absence de liberté (« Je fais ce que ma chair réclame. ») Aussi pour être vraiment libre, il faut se tourner vers un autre bien.
La vraie liberté (« Je veux ce que je fais ») appelle donc à vivre sur une autre
voie. C’est une voie tellement autre qu’elle est en apparence rebutante : elle demande des efforts, des renoncements, des humiliations, des souffrances, et rien de ce que promet la voie
précédente. Elle en appelle pleinement à suivre la Vérité (plus exactement ce que je perçois de la Vérité selon mon cœur) avant de suivre mes instincts. Ainsi, la percevoir suffit à créer la
lutte intérieure, qui sera la lutte permanente par la suite : vais-je choisir ce que mon esprit désigne comme bon et vrai, ou ce que ma chair réclame ? Il s’agit là d’une lutte contre
ma nature blessée.
Les deux voies avant qu’elles ne soient choisies comportent un risque. La première celui
de s’enfermer, la seconde celui de ne pas « faire ce que je veux ». S’il est possible de se laisser happer par la première, et ceci très facilement, il faut en revanche pour la seconde
s’y engager pleinement, en pleine conscience. Il faut la choisir, librement, et maintenir cet engagement au fur et à mesure que l’on s’y « enfonce ».
Le OUI
intérieur.
« Tu en auras besoin plus tard, car si petit qu’il soit, il sera ton bâton de marche. »
D’où l’absolue nécessité du croyant de prononcer ce « oui » intérieur. En effet,
c’est dans la mesure où je puis poser à un moment donné le choix libre de m’y engager que je pourrais m’appuyer dessus quand il faudra poursuivre contre toute espérance, persévérer contre toute
attente, et se rappeler ce « premier amour » qui permit de s’engager dans une voie que je sais difficile.
Celui qui a pu voir dans sa propre vie l’Amour de Dieu doit cependant réaliser une
chose : Dieu, qui a choisi librement de s’effacer face à l’homme, pour justement lui permettre d’exercer pleinement sa liberté, se permet d’enfreindre cependant cette règle quand Il se
révèle pour la première fois (subitement ou progressivement). En réalité, il attend un simple petit pas de l’homme, une simple occasion, comme pour « justifier » cette atteinte à sa
liberté au moment où Lui veut se révéler. Il en fait alors mille vers lui, afin que l’homme ait de quoi ne plus douter par la suite. Ce oui est donc une réponse à un appel lancé par Dieu :
« je t’ai montré quel amour j’ai pour toi, veux-tu aller plus loin ? »
Le péché
d’orgueil.
« Ne dis pas que tu n’en es ni digne ni capable. C’est bien trop
vrai.
Mais rien n’est impossible à Dieu. »
Ce qui s’oppose le plus à ce chemin, c’est l’orgueil, parfaitement à l’opposé de l’Amour
véritable. L’orgueil, au-delà de ses formes égoïstes et fières, peut vis-à-vis de Dieu se présenter sous deux formes principales. La première consiste à s’auto-satisfaire de manière excessive,
c’est-à-dire d’affirmer ne pas avoir besoin de Dieu. Facilement perceptible, elle est souvent un obstacle à la découverte de la Vérité, et à sa capacité à se laisser transformer par elle. C’est
un orgueil rebelle et insolent face à la constatation pourtant à la portée de tous, que nous confie St Paul : « Je fais le mal que je ne veux pas faire, et je ne fais pas le bien que je
voudrais faire. » (Rom 7, 19) Bref, je suis misérable.
L’autre forme d’orgueil se présente sous la forme de dévalorisation excessive de soi-même.
Cela consiste à dire : « je ne peux pas être sauvé », ou encore « je ne vaux pas la peine d’être sauvé ». C’est réellement une autre forme d’orgueil, consistant à se
placer différemment des autres hommes, pour prétexter un refus du salut. S’il est plus difficile d’y percevoir de l’orgueil, il faut comprendre que là encore nous sommes face à un cœur dur qui
refuse de se laisser aimer. Pire encore, c’est une déformation de son regard face à l’amour, et un mensonge à soi-même. Tout ce qui s’oppose radicalement à l’Amour est orgueil.
Ces deux formes sont bien sûr présentes autour de nous, mais c’est au cœur de nous-mêmes
que nous devons avant toute chose les traquer. A cette double forme d’égoïsme, le Seigneur répond : « Tu n’es rien du tout, misérable. Mais dans une relation d’amour seulement, tu es
pour moi un enfant inestimable. » Voilà qui nous place exactement où nous devons être, dépendant de Dieu, et s’aimant soi-même, condition pour aimer en retour.
C’est ce même péché qui favorise tous les autres, car c’est une logique contraire à la
Vérité. En effet, avant de commettre la faute, elle consiste à dévaloriser la gravité du péché, et à ensuite l’amplifier. Ainsi, avant de tomber, elle m’engouffre dans le péché, puis par un
renversement, elle provoque la culpabilisation intérieure, me rendant malheureux de ma propre faute. Ainsi, face aux tentations, il convient toujours de percevoir la juste gravité de la faute
tout en sachant qu’elle me paraitra moindre. Si je chute, je dois veiller à certes considérer la juste gravité, mais surtout m’en remettre à la miséricorde divine, qui surpasse toute faute, même
les plus graves. C’est un équilibre intérieur mis à rude épreuve tout au long de la vie, que seul l’approfondissement de la relation au Christ permet de préserver. En effet, par Lui, je pose sur
moi le regard à la fois exigeant pour viser les sommets, et plein de compassion pour ne pas tomber plus bas. Un regard d’amour en somme…
« Entendons-nous : tu vas bien devenir saint, à la manière de Dieu. »
Il convient par ailleurs de définir la véritable Sainteté visée par le croyant. La
Sainteté comme objectif ultime est bien sûr perfection, charité, oubli de soi, et extraordinaire car surnaturelle. En ce sens, le témoignage des saints canonisés par l’Eglise nous fait contempler
et désirer le ciel. Par le témoignage de leur vie, ils nous désignent là où aller.
Cependant, la tentation est grande de placer ces gens au-dessus des autres hommes, et de
dire : eux sont extraordinaires. Le risque d’une telle vision est de voir la sainteté comme inaccessible. Il est donc nécessaire de bien entrevoir la véritable sainteté sur la terre.
Car cette sainteté terrestre ne peut pas se définir de la même façon. Elle ne peut se
refléter d’abord par la perfection et les grandes actions, sans quoi effectivement elle serait inaccessible pour beaucoup. Il est important de rappeler que c’est l’Esprit qui est Saint, et que
mes actions reflètent ce qui est de mon esprit, car sanctifiées par mon esprit, lui-même sanctifié par Dieu (c’est-à-dire par la perfection de ma relation à Dieu). Ainsi, bien plus que de grandes
œuvres et de perfection, c’est dans le cœur qu’il faut viser la sainteté, privilégiant avant toute chose la perfection de la relation à Dieu, une perfection qui n’est pas d’abord visible. La
perfection visible ne peut précéder la perfection du cœur, ou alors elle est un mensonge. Cette perfection du cœur entrainera la perfection de l’esprit. Sera donc saint celui qui ne s’attarde pas
à vouloir faire de grandes choses, mais bien à vouloir grandir spirituellement en Dieu. Ainsi ordonnée, du cœur à la chair, l’être tout entier pourra alors tendre vers la perfection.
Voila donc qui fait de la sainteté quelque chose à la fois d’accessible, et de très
présent : cela commence dès maintenant, et plus encore, c’est l’affaire de chaque instant présent, et non un objectif fixé dans un avenir plus ou moins lointain. Le tout n’est donc pas de
« devenir saint » mais bien
d’ « être saint », dans le cœur, dès maintenant.
|
|
|
Commentaires Récents