La souffrance est sans doute ce qu'il y a de plus révoltant dans le monde. C'est sans doute ce qui pousse tant de gens à rejeter l'idée d'un Dieu qui puisse être tout Amour. Car ils sont
nombreux, ceux qui pensent ainsi :
"Si Dieu existe, alors pourquoi ces guerres, famines, etc. ?
Alors pourquoi moi-meme je souffre autant ?"
Nous n'avons pas le droit, au nom d'un Dieu qui serait Amour, d'ignorer et ed rejeter cette question, cette suspiscion sur Dieu qui sans cesse doit retentir à nos oreilles, sachant à quel point
la souffrance est le sort de beaucoup d'entre nous.
Cet article, comme la foi chrétienne, n'est pas capable d'expliquer la souffrance sur cette terre, dans le sens où elle éclairerait le POURQUOI de la souffrance. Elle peut par contre donner un
sens à la souffrance vécue (le POUR QUOI ?, ou "en vue de quoi ?" ) et c'est sans doute ce qui doit nous consoler.
Deux attitudes pour une seule et même souffrance
Nous savons tous que la souffrance est un vrai scandale. Elle n'est pas désirable, n'est pas aimable, et nous ronge au fur et à mesure qu'elle s'accumule. Elle est une vraie remise en cause pour
le croyant, car comment Dieu, si bon, si aimable, laisserait courrir une chose si rebutante, si scandaleuse ?
Une vraie question donc qui appelle une vraie réponse.
Face à la souffrance, il est possible de vivre princiaplement deux attitudes, opposées une fois encore. La premiere est celle du rejet, où personne ne peut nous comprendre, ou l'on veut en finir,
et où la souffrance n'est pas acceptée alors qu'elle est inévitable.
Loin de moi l'idée de me faire juge de ceux qui la vive ainsi. Chacun de nous, pour chaque souffrance, est tenté de le vivre ainsi, incapable d'accepter ce qu'on devrait pourtant regarder en
face. C'est une attitude qui a la fois minimise la souffrance face aux autres, et l'accentue une fois seuls.
L'autre attitude consiste à l'accepter et à chercher, non sans difficulté, à la supporter. Le but n'est pas de dire : "Regardez ces gens qui supportent la souffrance, comme ils la vivent mieux !"
Bien sur que non, la souffrance demeure la souffrance.
Non le but est de rester debout, de ne pas accorder la victoire à la souffrance et au mal, d'essayer d'en sortir vainqueur. De ne pas laisser la souffrance, réelle, prendre toute la place au
point d'en écarter les petites joies, les petites lumières qui existent pourtant bel et bien, qui sont là aussi pour alimenter notre lutte.
Dieu est Tout-Puissant
Bien souvent, les croyants cherchent à "justifier Dieu", en disant qu'Il ne provoque pas la souffrance et qu'il n'en a donc aucune responsabilité. Cela est vrai, bien entendu, mais cela ne
constitue pas une réponse satisfaisante. Car soyons honnête vraiment : si Dieu n'est pas l'initiateur de la souffrance, Il la laisse pourtant prendre une certaine place sur terre.
Car Dieu est vraiment Tout-Puissant. Il a vraiment les moyens, d'une Parole, de retirer la souffrance de cette terre, à jamais. Il a les moyens, c'est sûr, d'enlever la souffrance dans ta vie
d'une parole.
Il a créé la terre entière et tout ce qui fait ta vie, Il le sait, Il l'a permis. Tout ce qui est souffrance dans ta vie, Il l'a vu, Il l'a permis. C'est dur d'entendre ceci quand on sait que
Dieu est Tout Amour. Mais doit-on se voiler la face ? Il est Tout-Puissant !
Dieu est aussi tout Amour, et ces deux dimensions de Dieu se cotoient de manière qui nous apparaitrait inexplicable. Tout en comprendre demande du temps, avec Dieu lui-même surtout. Mais nous
pouvons essayer d'y répondre en partie.
La souffrance prend du sens si tu lui en donnes
Car j'entends bien ta question : "Si Dieu peut arrêter la souffrance, alors :
Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ?"
Pourquoi ne le fait-Il pas ? Pourquoi permet-il tant de morts, de maladies, de souffrants, etc. ? Même nous chrétiens luttons chaquie instant pour en éviter le maximum.
On ne saurait comprendre la souffrance des autres sans s'attarder sur sa propre souffrance. Il peut arriver qu'aller au devant de celle des autres soit prétexte à ne pas trop regarder la sienne,
voire oublier la sienne.
Mais c'est dans ma propre souffrance que Dieu me montre ce qu'Il en fait.
Car c'est un fait : la souffrance nous transforme. En surface déjà, en éveillant, si nous le voulons, notre compassion pour ceux qui souffrent.
Mais plus encore intérieurement, la souffrance te transforme. Comme je l'ai dit, deux attitudes sont possibles face à elle. La première est le rejet, et avec elle, le rejet de Dieu. Avant le
Christ, l'homme disait "C'est Dieu (ou ce sont les dieux) qui nous punissent pour notre faute ou celle de nos pères !" Que ce soit les Juifs ou les autres religions, voilà ce qu'on pensait de la
souffrance. On occultait que Dieu est Amour.
Depuis le Christ, l'homme a vu que le Christ lui-meme a souffert tout autant. Alors il dit : "C'est impossible. Dieu est une fable, il n'existe pas. Car même pour le Christ, qui serait son propre
Fils, Il a laissé faire !"
Sans doute une fois ce cri de révolte passé, nous pouvons envisager la vraie transformation qu'opère en nous la souffrance. La souffrance acceptée nous dépouille, nous vide et nous débarasse du
superflu, de tout ce que nous recherchions mais qui en fait nous perd. Le superflu, c'est simplement ce qui n'est plus rien face à notre souffrance. Et ce qui reste, ce sont les moments d'amour
et d'amitié, la réalité profonde de la vie et ce qui nous touche au fond de ce que nous sommes. Et comment ne pas être sûr que c'est là que le Seigneur se trouve. Car bien entendu, quand tout va
bien, il est difficile de nous plonger au coeur de nous-mêmes et plus encore d'y découvrir Dieu.
Voilà pourquoi il nous faut accepter notre souffrance, afin de trouver, garder et approfondir Dieu. Voila pourquoi ceux qui aiment profondément le Christ et Dieu sont des âmes qui ont souffert,
pas forcement plus que d'autres, mais suffisemment pour accepter la souffrance et se laisser dépouiller par elle.
Ce sens n'apparait que pour celui qui veut le voir. Accepter et comprendre sont un seul et même mot pour la souffrance, qui demeure inutile tant que je refuse ce but de la souffrance dans ma vie
: ma propre transformation.
Ce fruit de la souffrance dans ma vie est sans doute ce qui doit me consoler le plus. Le Seigneur permet la souffrance dans le but de nous retrouver au fond de nous-mêmes. Et il faut donc
accepter de nous y plonger au plus vite (au coeur de nous-mêmes !) pour goûter aux vraies consolations de la foi.
Souffrance pour le salut
Alors seulement nous pourrons vivre la souffrance dans sa dimension salvatrice qui sans doute permet d'achever le sens que l'on peut lui donner : le sens de la souffrance du Christ durant Sa
Passion.
Il s'agit alors d'offrir sa souffrance pour le salut des âmes, par amour pour Dieu et pour elle. La souffrance devient "matière de salut" c'est-à-dire offerte pour la conversion des hommes, et
pour le salut de tous. Comment ? Voilà sans doute ce qui appartient à Dieu, Seule certitude, c'est que cela marche. Car notre grande petite Thérèse, par sa souffrance au fond d'un couvent, en est
devenue patronne des missions, et ce n'est pas pour rien, tellement elle porte du fruit !
Cette dimension de la souffrance est réalisée en pleinitude par le Christ sur la croix, car c'est elle qui permet d'offrir le salut à tous les hommes. Notre souffrance permet alors de "compléter
ce qui manque aux souffrances du Christ", comme dit Saint Paul, c'est-à-dire devenir participant à la rédemption du monde. Cette participation nous dépasse, mais se vit simplement dans le
concret, en acceptant d'offrir nos croix quotidiennes, petites ou grandes.
Poursuivre coûte que coûte
Alors pour finir, je crois qu'il convient de préciser que le sens donné ne doit pas nous faire abandonner la lutte contre la souffrance. Car si nous parvenons, pour nous-mêmes, à lui donner un
sens, elle reste et demeure un scandale à échelle humaine. Et si Dieu, qui pourtant agit dans la souffrance, ne l'éradique pas complètement, c'est aussi de manière certaine qu'Il compte sur notre
compassion et notre capacité à nous sentir concernés par la souffrance autour de nous. Et là où la souffrance demeure pour notre prochain un mystère, il est bon qu'il puisse voir que le sens
donné n'est pas prétexte à laisser la souffrance se propager.
Apaiser la souffrance à la fois par l'acceptation et par notre lutte, c'est un témoignage d'amour, et déjà un pas dans la venue du royaume. Tout ceci en gardant en tête qu'une souffrance qui
demeure peut porter un fruit invisible à tes yeux, et pour lequel tu dois avoir confiance en Dieu, et ne pas juger de Dieu trop vite : car c'est tellement tentant ! On ne sait pourquoi Dieu a
choisi ce moyen, mais c'est en vue de porter du fruit, et nous devons le croire !
Bon courage sur cette question qui a les moyens de nous révolter à chaque croix, mais qui véritablement te transforme, et sauve le monde, c'est certain !
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